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Pierre Chevelle : Trouver sa place.

Par Anaïs • 2 min

 

✏️ Ce portrait fait partie de la série Psychologie du succès. Dans cette série d’interviews, on part à la rencontre de personnalités engagées et on décrypte leurs talents, leur parcours et leur personnalité d’après leurs résultats au test Boussole

 

J’ai rencontré Pierre pour la première fois en 2015. Il sortait son premier livre ‘Changer le monde en 2 heures’ et donnait une conférence dans le 11ème arrondissement à Paris. Un ami m’avait invité et par curiosité, j’avais accepté d’y aller. Changer le monde en deux heures, était-ce seulement possible ? J’étais alors auditrice financière et je manquais cruellement de sens dans mon quotidien au boulot. Pierre m’avait inspiré pour son courage et pour le pied de nez qu’il avait fait à ce CDI bien chaud qui l’attendait sagement à la sortie d’école de commerce. J’ai retrouvé Pierre, égal à lui-même, optimiste, souriant mais aussi soucieux, dans ce café du 9ème. Depuis, on a grandit et le monde et ses problèmes aussi. Face à l’urgence, quelle place doit désormais prendre notre engagement ? Comment être le plus aligné possible dans ce que l’on fait ? On en a discuté pendant près de deux heures ensemble.

▲ Son profil Boussole ▼

  • Pierre a une intuition sociale remarquable. Il écoute avec calme et bienveillance et se connecte aux autres facilement. C’est grâce à ce talent qu’il a su fédérer près de 15 000 personnes sur sa chaîne Youtube.
  • Très curieux, il se documente sur les sujets du moment et qui lui tiennent à coeur. On retrouve sur sa chaîne des sujets aussi divers que le minimalisme, du rap humoristique engagé, des initiatives sociales et solidaires.
  • Pierre est déterminé. Et il en faut de la détermination pour écrire 3 livres en 3 ans, monter une chaîne Youtube & animer une communauté de gens engagés sur les sujets d’économie sociale.

 

▲ Notre discussion ▼

Qu’est ce que tu espères accomplir avec tes livres et ta chaîne Youtube ?

J’ai un tatouage sur le bras : un soleil de pleins de gens qui rayonnent et qui me donnent envie de rayonner mon tour. Je crois que c’est ce que j’essaie de faire avec cette chaîne Youtube : rencontrer des personnalités qui m’inspire et inspirer moi aussi, en tout humilité.

J’ai longtemps voulu être prof pour aider d’autres personnes à comprendre le monde qui nous entoure. Aujourd’hui, à travers mes vidéos, je porte à la fois un message extérieur (aider les personnes à passer à l’action, à contribuer à un mouvement dont on a urgemment besoin pour résoudre les problèmes de société) et intérieur (intégrer plus d’intérêt général dans sa vie, trouver un travail qui a du sens ou encore se préparer à l’effondrement).

Ce qui m’intéresse au-delà de l’impact que tu peux avoir sur le monde c’est l’impact que ces micro-engagements peuvent avoir sur toi. L’engagement rend heureux, j’en suis convaincu.

 

J’ai interviewé il y a quelques jours Maxime de Rostolan… Alors que l’on voit que la théorie des petits pas ne suffit plus par rapport à l’urgence, peut-on encore changer le monde en 2heures ? 

(Rires) Je n’ai jamais pensé sérieusement que l’on pouvait changer le monde en deux heures.

Qu’est ce que cela veut dire changer le monde ? Si la réponse c’est résoudre un problème de société important, alors c’est à une échelle minuscule que chacun y contribue : ne plus manger de viande, travailler dans le milieu social, etc.  Ces micro-engagements ne vont pas demander plus de temps sur une journée mais permettent de prendre conscience qu’il y a des alternatives dans notre manière de consommer et de vivre. On n’a aucune idée des réactions en chaîne que l’on produit autour de nous.

Bien sûr, ce n’est pas suffisant et l’un n’empêche pas l’autre.  Il n’y a pas de bonne réponse. Ma question du moment c’est :  comment est-ce que l’on prend des chemins de traverse pour faire face au monde qui se prépare ?

 

En France, des associations intentent un procès à l’État pour son manque d’action contre le changement climatique. Ils appellent ça « L’Affaire du Siècle ». Est-ce comme ça que l’on va changer les choses ? 

 

Plus maintenant. Ni les pétitions, ni les manifestations. Cela marcherait si on était dans un état démocratique. Comment changer les choses ? Il y a deux manières : on peut se battre contre et dénoncer certains actes ou se battre pour des projets. Par exemple, comment créer des territoires plus résiliants, plus autonomes en terme d’alimentation, d’énergie et de soin ? Comment créer plus d’éco-villages, changer le modèle agricole qui pollue la planète aujourd’hui ?

Ces deux voies sont utiles mais je ne sais pas du tout comment j’ai envie de me positionner là dedans. Je me demande où est-ce que je vais concentrer mes efforts. Je n’ai pas envie d’être une caricature de militant que je ne suis pas.

 

Justement, notre vision au sein de l’école est que chacun devrait exercer une activité où il•elle passe 80% de son temps sur son talent. Comment définirais-tu tes talents ? 

Ah, difficile ! (rires) Je dirais que je suis doué pour partager les expériences, créer, apprendre en permanence, rencontrer de nouvelles personnes.

Et ensuite, je ne sais pas si on peut parler de talents mais j’ai des valeurs de simplicité, bienveillance et curiosité.

 

Le sujet de la collapsologie est très présent dans tes dernières vidéos. Comment as-tu réagi quand tu as lu le livre de Servigne « Comment tout peut s’effondrer » ? 

En réalité, j’ai d’abord lu Rob Hopkins à Noël. L’auteur parle de l’importance de créer des villes plus résiliantes. Il est le premier à avoir une approche transdisciplinaire et à faire le lien entre pic pétrolier et dérèglement climatique. Il a inspiré Servigne.

Et, c’est flippant. Cela veut dire faire le deuil d’un futur d’abondance. Comme dans le deuil, on suit différentes phases : d’abord le déni puis la colère, le marchandage, la dépression et enfin, l’acceptation. Je n’en suis pas encore au stade de l’acceptation.

Pourtant, plus on prend conscience du coût social et écologique qu’il y a dernière nos modes de vies, plus on voit un intérêt à ce que la société s’effondre.La phase de transition va être tumultueuse mais de nouveaux équilibres se créeront.

Personnellement, cela m’a aussi donné envie de me rapprocher de la nature, de revenir à des savoirs-faire essentiels et de contribuer – plus que jamais – à la création du monde de demain.