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Pas le temps pour les questions existentielles ?

Je dirais que je me pose des questions existentielles depuis que j’ai 18 ans. Un de mes meilleurs amis de classes préparatoires m’avait recommandé un auteur, Jiddu Krishnamurti, je m’étais alors plongé pendant tout un été dans son livre intitulé Le sens de la vie.

A la lecture j’avais eu un double sentiment. Le premier était celui de l’apaisement, mais le second était contradictoire. Je me sentais submergé et dépassé. Il y avait trop. Les idées, les concepts et les questions soulevées étaient trop immenses et trop bouleversantes pour que je puisse les intégrer.

Je croyais que j’allais lire un simple livre, capter les deux trois concepts importants, puis le fermer et passer à autre chose. En mode : “le sens de la vie, ça c’est fait. Next !”. Mais non. J’ai compris que je n’avais rien compris et que ce sujet n’allait pas être réglé en deux secondes.

Avec l’orgueil de ma jeunesse j’ai vite relativisé en me disant que c’était qu’un truc d’hindou perché, complètement optionnel, que je verrai ça plus tard et que les nécessités du quotidien étaient bien plus importantes. Après tout, Jiddu n’allait pas m’aider à réussir mon devoir surveillé de math, ni à préparer mon dîner.

Évidemment, la curiosité m’a poussée à continuer l’exploration et je ne me suis pas arrêté à ce livre. Douze ans plus tard je me rends compte que répondre à une question existentielle est un projet aussi énorme que de construire une maison, fonder une famille ou tracer sa carrière. Et c’est peut-être la raison pour laquelle si peu de personnes s’investissent vraiment dans ce genre de questions.

D’autant que contrairement à une maison, il n’y a pas de briques tangibles et de belles peinture pour voir et montrer le résultat. On ne peut donc pas revendre cette construction. Pire encore, certains n’y sont même pas sensibles. Il n’y a donc pas non plus de reconnaissance sociale à gagner. Bref, dans le monde dans lequel nous vivons encore, répondre à des questions existentielles n’est pas un investissement en temps et en argent très séduisant. Mieux vaut un appartement stylé pour briller en société.

C’est ce que l’on pense aveuglément lorsque l’on est aux premiers niveaux du développement de sa conscience. Pour comprendre cette idée d’échelle du développement personnel il faut se tourner vers les travaux du psychologue Abraham Maslow et sa fameuse pyramide des besoins.

La première partie de la pyramide de Maslow correspond aux besoins fondamentaux. C’est la base : se nourrir, être en sécurité, avoir de la reconnaissance des autres, réussir professionnellement, socialement, avoir du succès matériel etc. La seconde représente le besoin de développement de soi. C’est dans ce second degré, vers le sommet, qu’il devient urgent pour la personne de répondre à ses questions existentielles. 

Or, les besoins primaires de sécurité et de reconnaissance sociale ont toujours une priorité face aux questions existentielles. Si les sous ne rentrent pas dans le compte en banque à la fin du mois ou si le business ne tourne pas, alors le développement personnel passe à la trappe. Cette contrainte matérielle est indéniable. 

Toutefois, il est surprenant de constater qu’en France, la grande majorité des personnes peuvent se nourrir à leur faim, avoir un logement, être en bonne santé et créer du lien social librement. Alors où est le bug ? Pourquoi ne passe-t-on pas au niveau supérieur dans la pyramide de Maslow ?

Le bug surgit lorsque cette vue objective est remplacée par la vue subjective où chacun peut râler parce qu’il considère ne pas avoir assez, qu’il va se sentir en insécurité rien qu’en regardant la télé ou va stresser parce que le métro ou le bus n’est pas encore arrivé. Les critères extérieurs et objectifs de sécurité ne sont pas les mêmes que les critères intérieurs et individuels.

Chacun a une grille de lecture façonnée par la société, l’histoire vécue, l’éducation etc. Or cette grille est elle-même invisible. A un bas niveau de conscience, nous n’avons même pas la perception de ce que nous pouvons façonner en nous. C’est un donc cercle vicieux : moins on en a conscience, moins on a la chance de se développer personnellement et moins on se développe, moins on en a conscience.

Cette boucle infernale est toutefois artificielle. Elle est maintenue par la musique de nos systèmes économiques, éducatifs, culturels et sociaux. Dès que ces derniers ont un coup de chaud, une crise comme en ce moment, alors c’est la fin de la fête, on stoppe le son et on allume les lumières.

Après la transe sur la piste de danse tout le monde se pose la question : où est passée la musique ? On en veut encore ! Mais à mesure que le silence des haut-parleurs demeure, une nouvelle question surgit chez les danseurs refroidis : mais qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi suis-je ici ? Quel est le sens de mon existence ? Quand la perfusion s’arrête, l’introspection commence.

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Et vous ? Comment la crise actuelle a accéléré votre démarche introspective ?

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