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Maxime de Rostolan : Entrer en résistance.

Par Anaïs • 2 min

 

✏️ Ce portrait fait partie de la série Psychologie du succès. Dans cette série d’interviews, on part à la rencontre de personnalités engagées et on décrypte leurs talents, leur parcours et leur personnalité d’après leurs résultats au test Boussole.

 

Barbe de trois jours, yeux pétillants, la voix grave et chaleureuse, j’ai tout de suite accroché avec Maxime. Tout ce que je lisais en ce moment, il l’avait déjà lu et était même au coeur des sujets : le bio-mimétisme, la collapsologie, l’interview de Juan Branco sur Thinkerview, la désobéissance civile… Vous l’aurez compris, Maxime est un visionnaire avec un temps d’avance. Pendant 4 ans avec Fermes d’Avenir, il a évangélisé les français et les politiques sur les sujets de permaculture et d’agro-écologie jusqu’à se heurter à un mur. À un système sclérosé de lobbyistes. Il décide alors de rentrer en résistance avec son nouveau projet, La Bascule.

▲ Son profil Boussole ▼

 

Sans surprise et comme toutes les personnes aventurières que l’on a rencontrées jusqu’à présent au sein de l’école, Maxime fonce. L’immensité de la tâche ne lui fait pas peur, au contraire. Il se sent vivant avec l’adrénaline de projets ambitieux. Son profil Boussole révèle d’ailleurs une nature :

  • Hyper à l’aise avec l’incertitude.
  • Fédérateur, il sait embarquer les foules avec lui. Son projet La Bascule est née lors d’une conférence qu’il donnait à Toulouse. Après le discours – qu’on imagine ultra inspirant – il a demandé qui voulait s’engager à ses côtés pour faire bouger les lignes. Toute la salle a levé la main et 50 bénévoles sont venus l’aider pendant six mois.
  • Il est doté d’une immense capacité de travail. Pas étonnant que son premier combat ait été dans l’agriculture, un métier ultra exigeant. Il s’est d’ailleurs lui-même formé à être maraîcher et il donnera ses premiers coups de bêche en 2014.

▲ Notre discussion ▼

Tu as lancé Fermes d’Avenir en 2013. Aujourd’hui, la crise environnementale & agricole est plus grave que jamais. Dirais-tu que l’on a fait des progrès ?

Dans la prise de conscience, sans doute. Dans l’acceptation de la radicalité, certainement. Je lisais l’autre jour que le mouvement Extinction Rébellion a multiplié par 4 le nombre de ses sympathisants en seulement quinze jours. Et, ça va continuer. On est de plus en plus conscients que les petits pas ne changeront pas la donne et qu’un changement systémique est nécessaire.

Les promesses de réduire de 50% les émissions de gaz à effets de serre en 2028 ou encore de diviser par deux l’usage des pesticides n’ont pas du tout étaient tenues. Au contraire, les chiffres sont à la hausse. C’est de la folie.

Au niveau social, l’écart continue de se creuser alors que les grandes fortunes ont amassé ce qu’il faudrait pour résoudre le problème de la faim dans le monde. On accélère vers le précipice.

On nous culpabilise en nous faisant croire que nous sommes le facteur limitant mais ce n’est pas vrai. Je prends l’exemple de l’alimentation : on voit qu’il y a une augmentation de la demande de consommer bio local de 20% par an mais l’augmentation de l’offre n’est que de 10% par an.  Dans ce cas précis, le facteur limitant, c’est la capacité de l’agro-industrie à se réinventer.

 

Une des missions de Fermes d’Avenir était de démontrer que l’agro-écologie est plus rentable que le système d’agriculture moderne, notamment pour que les pouvoirs publics financent ces nouveaux modes d’agriculture. As-tu le sentiment d’avoir réussi à être entendu ?

Je suis fier du chemin parcouru : le projet emploi désormais 27 salariés, 7 millions d’euros ont été débloqués pour financer des projets agricoles plus durables et on a ouvert la voix à un modèle agricole alternatif.

Mais, je suis arrivé au bout de l’exercice. On a réussi à montrer que le modèle agro-écologique était plus désirable, plus beau, économiquement et socialement viable. On a identifié les freins et proposé des solutions pour changer. On a montré en parallèle que les gens veulent se former au métier de maraîcher et que l’on sait les former.

J’ai effectivement passé un an et demi à porter ces idées à un niveau politique pour activer certains leviers pour un déploiement national (exonération de certains impôts, subventions etc.). Et le seul des 11 amendements que j’ai poussé pendant des mois, qui avait finalement été validé par l’Assemblée et le Sénat, s’est vu censuré par le Conseil Constitutionnel. Là, je me suis dit qu’il y avait un cheval de troie dans ce système.

 

Puisque les promesses ne suffisent pas, comment changer ce système ?

En résistant. Il y a plusieurs manières.

On voit d’abord de plus en plus de démissionnaires du système qui cherchent l’autonomie, l’autosuffisance et travaillent sur notre rapport au temps & à l’espace. Pierre Rabhi disait que cultiver son jardin est déjà un acte politique.

D’autres tentent de changer de l’intérieur les entreprises pour qu’elles soient poussées par leurs clients, leurs salariés à changer leurs habitudes. Ce n’est personnellement pas mon combat mais nous ne ferons pas sans les entreprises. Il faut le tenter.

Et puis, il y a une résistance plus radicale avec des actes de désobéissance civile (comme l’action récente de la République des Pollueurs). Ça, plus on est nombreux, plus ça pèse. La bascule du système, c’est une affaire de poids.

 

Parle nous donc de ce nouveau projet La Bascule. Quelles actions comptez-vous mettre en place ?

La Bascule est née par hasard le 31 janvier dernier, alors que je donnais une conférence à Toulouse dans un amphi d’étudiants. Avec leur aide, on a créé un mouvement de lobbying citoyen politique. On a mis en place une gouvernance partagée avec l’Université du Nous et on a investi notre premier QG, une clinique désaffectée à Pontivy où l’on vit ensemble pour construire ce mouvement.

La feuille de route qui se dessine aujourd’hui s’articule autour de trois idées :

  • Créer un corpus de propositions politiques grâce à des assemblées citoyennes
  • Former des citoyens qui veulent se porter candidats à leurs mairies pour les Municipales de 2020
  • Organiser des rassemblements festifs dans des tiers-lieux

 

Tu es très en avance, presque « hors système ! ». Les personnes ne sont pas toutes prêtes à affirmer et agir dans le sens écologique. Est ce que tu vis la solitude de l’innovateur ?

Non, je ne me sens pas seul. Il y a vraie une volonté de porter les sujets. La masse de gens est de plus en plus nombreuse et pousse de plus en plus. Je n’ai qu’une hâte : que l’on soit tous prêts à faire ce que font les étudiants. 

On ne va plus donner de temps à ce système. On va faire la grève des classes, de notre boulot, de l’impôt. Ça ne passera que par là.

 

Comment fais-tu psychologiquement pour rester motivé et engagé en sachant que toutes les actions et moyens sont là, mais que les résultats restent encore très balbutiants ?

Je me dis : tout ce qui est pris n’est plus à prendre. Et après j’ai un exutoire, c’est la fête. Je m’oublie là dedans.

 

L’engagement écologique peut parfois prendre le pas sur notre propre vie. Cyril Dion a par exemple vécu un burn out. Il semblerait que cela demande beaucoup de sagesse. Comment gères-tu ton équilibre intérieur face à l’urgence extérieure ?

Difficilement. Je fais beaucoup de sacrifices. Je ne fais pas de sport, ne soigne pas particulièrement mon apparence. Ma femme, qui elle est passionnée de yoga & méditation, m’aide à replacer le curseur parfois. Mais, je n’ai pas envie de me donner de limites. Car les grandes fortunes ne s’en donnent pas. Et le temps presse.