Partagez :

Adieu hyper croissance, bonjour Introspection

Après ma prise de conscience liée à l’effondrement, mon second rayon de lumière fut la démission de Nicolas Hulot du gouvernement d’Emmanuel Macron.

Pour être honnête, la nouvelle ne m’avait fait ni chaud froid en août 2018. C’était pour moi une news croustillante parmi tant d’autres. Le débat ne volait pas très haut de mon côté, je disais :

 “Ah c’est dommage, la politique ça prend du temps, il n’a pas eu la patience de jouer son rôle, c’est un retour en arrière, bref, une histoire de politique classique”.

Mais quelques temps plus tard, Youtube me recommandait une interview de Nicolas Hulot par la radio Canadienne, quatre mois après sa démission. Le buzz médiatique passé, j’étais curieux de découvrir son témoigne à froid et de connaître ses plans pour le futur

Il y expliquait que sa tentative politique était un échec, car l’écologique restait considérée comme un sous sujet. Alors que selon lui, il ne pouvait qu’être central pour que la France et l’humanité ne se prenne pas le mur. 

Je voyais que pour lui aussi, les sujets d’effondrement avaient eu un impact affectif fort dans sa vie. Sans doute bien plus pour lui que pour moi d’ailleurs. Après tout, je n’ai jamais survolé la canopée amazonienne, ni même nagé avec des baleines…

Faute de vision et d’envie commune avec le Président Emmanuel Macron et le premier Ministre Edouard Philippe, il avait donc pris la décision de quitter le gouvernement. Je n’apprenais rien de vraiment nouveau.

Mais plus tard dans l’entretien, il expliquait que ses nouveaux plans allaient désormais tourner autour de la création d’un lobby des consciences et de la pédagogie. C’était à ce moment là où mon cerveau a fait tilt. 

L’histoire de Nicolas Hulot montrait que la transition écologique n’est résolument pas un problème de réforme politique, de techniques environnementales ou même d’argent. Non. Ou plus précisément, pas encore. Les bonnes idées existent depuis des décennies, tout est là. 

L’un des tous derniers freins à l’intégration concrète de ces idées, c’est simplement que chacun soit prêt à les prendre, les porter et les faire vivre de façon suffisamment massive pour que la sphère organisatrice de nos sociétés, la politique, s’en empare. En clair, que les consciences soient prêtes et ouvertes avec comme moyen, la pédagogie.

Depuis de nombreux mois, j’étais déjà convaincu qu’aucune règle de sauverait l’humanité. Imposer de manger moins de viande, de moins consommer d’électricité, de rouler moins vite, de faire le tri, toutes ces règles coûtent une énergie folle. Autant pour celles et ceux qui veulent les imposer, que pour ceux qui se forcent à les appliquer.

Au mieux, chacun se fait violence, au pire tout le monde vit dans une culpabilité qui empoisonne nos sociétés. Dans l’ancien temps, les mariages étaient forcés. Cela nous paraît absurde aujourd’hui. Pourquoi devrions donc nous nous marier avec la bonne conduite écologique de Monsieur le Ministre ? Parce qu’il a autorité sur nous, comme les parents des anciennes génération ? Absurde.

C’est aller contre nature et quand on veut faire de l’écologie, ce type de démarche est peut être la contradiction ultime. Ce n’est plus de l’autorité d’un gouvernement dont nous avons besoin, mais du respect de l’autorité de la nature, sans aucune réduction quant à sa nature même. 

Tout passe donc par la prise de conscience intime et individuelle de l’autorité de la nature, ses lois et ses besoins, parce que les siens, sont les nôtres.

La leçon de Hulot était donc formidablement belle. Mais, là où les frissons sont devenus encore plus intenses chez moi, c’est lorsque qu’après l’interview à la radio Canadienne, j’ai regardé pour la première fois sa démission au micro de France Inter.

Il y disait, la voix emplie d’émotions : “j’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde”.

Le mot qui résonnait en moi à cet instant était “introspection”. Oui, l’introspection est le moyen le plus direct pour faire évoluer toute conscience. Pour moi, c’était déjà une réalité pour les personnes que nous accompagnons dans leur reconversion professionnelle. Mais là, je réalisais à quel point ce sujet était en réalité fondamental pour l’humanité.

Après cet épisode, ma vision pour WAKE UP est passée de notre petite école, à une échelle beaucoup plus grande : le monde, l’humanité. J’ai pris conscience à quel point notre action pouvait s’inscrire dans le moment historique que nous vivons

Cette prise de conscience était d’autant plus forte qu’elle n’était pas empruntée ou opportuniste. Depuis des années, je suivais de loin les mouvements écologistes ou activistes. Culpabilisant même de ne pas avoir le courage, ni la volonté de m’engager au-delà d’une simple pétition en ligne.

Après ce moment d’illumination, je pouvais enfin dire que ce n’était tout simplement pas ma tasse de thé. Il n’y avait aucun jugement à apporter sur ma propre personne ou les autres. Même si je m’étais investi, je me serais probablement senti mal à l’aise et n’aurais pas eu le courage des personnes qui se font gazer à bout portant par un vieux système qui n’a encore rien compris.

J’ai donc découvert que ma place dans l’histoire était ici. Sur ces lignes. J’y étais depuis le début sans vraiment le savoir. Un jeune écrivain, bricoleur de développement personnel, un brin intellectuel et philosophe avec pour seule crédibilité l’envie et la sincérité d’aider. Cette affirmation de moi, nourrie par le feu de ne pas quitter cette Terre sans avoir tenté pleinement d’apporter ma contribution a transcendé toute la noirceur des images d’effondrement.

Que ce soit avec WAKE UP, ou dans la terreur apocalyptique la plus totale, je sais où je m’inscris, quel est mon rôle, et tant que j’aurai les moyens de vivre alors le sens de mon action existera. Cette perception intime et profonde est ma lame de lumière qui découpe la jungle ténébreuse qui s’épaissit devant nous.

Il m’aura fallu presque qu’un an pour m’extraire du poids des idées d’effondrement et apaiser le deuil de nombreux rêves. Certains disent que c’est une mauvaise chose que de vouloir provoquer le changement par le catastrophisme et toutes les peurs qui vont avec. Je ne suis clairement pas un partisan de la terreur, bien au contraire, mais je dois dire que cela a été vertueux pour moi.

Premièrement, parce que je n’avais pas d’autre choix que de rendre cette terreur vertueuse. Deuxièmement, parce que je crois que cette peur là n’est pas artificielle. Elle n’est pas un clown tueur dans un film d’horreur. Selon moi, la collapsologie a un sens dans notre histoire

Elle est un vent qui nous pousse jusqu’au bord d’une falaise. Nous sommes alors terrifiés. Notre instinct de survie s’enclenche. Dans ce dernier instant avant la chute, tout ce qui n’est pas nécessaire à la vie devient superficiel. On commence ainsi à jeter par dessus bord des croyances qui n’ont pas de sens comme l’hypercroissance.

Mais aussi certains rêves hollywoodiens d’aller chercher son bonheur en vacances à l’autre bout du monde. Ce superflu, c’est une grande voile artificielle que nous avons déployé. C’est elle qui nous embarque dans le vide avec le vent de collapsologie.

A cet instant, au bord du gouffre toutes voiles dehors, c’est donc la prise de conscience ultime et elle implique les choix ultimes. Tomber dans les ténèbres autant imaginaires que réels, ou lâcher prise sur le superflu et accepter de s’en remettre aux lois de la vie.

C’est ainsi que j’ai vécu les choses. L’illusion de tout maîtriser, ou plutôt d’avoir le droit divin de tout maîtriser, est sans doute la chose la plus difficile dont j’ai eu à me débarrasser. L’ancien matérialiste et déterministe que j’étais ne pouvait que croire en la puissance de son mental, de ses connaissances et ses instruments scientifiques.

Mais au fond du trou, dans la torpeur des idées d’effondrement, rien de tout cela ne pouvait me venir en aide. Qui plus est, en quoi la science actuelle allait-elle m’aider à accepter le fait que je n’ai pas pu choisir ma date de naissance et me retrouver à cette époque si inconfortable ? N’aurais-je pas pu naître à l’époque de mes parents ? 

Hypercroissance, matérialisme, capitalisme, ces visions étriquées de la vie sont des impasses dont chacun a de plus en plus l’occasion de sortir. Et c’est précisément ce qui m’enthousiasme le plus dans notre époque actuelle.

Comme j’ai pu le vivre, je sais désormais que les crises à fort impact psychologiques, si elles sont éclairées avec pédagogie, sont les chances cachées d’un réveil de notre humanité. Viktor Frankl, dans son témoignage sur les camps de la mort, illustre parfaitement cette idée puisqu’il a réussi à trouver un sens à travers les pires souffrances dont l’humanité se souvienne.

Toutefois, loin de moi l’idée que la souffrance et les crises sont les passages obligés vers l’harmonie et l’épanouissement. Il me semble que nous en sommes là car l’humanité n’est encore qu’au stade d’adolescent qui fait des bêtises. Elle se brûle avec son propre feu. L’humain (moi inclus) a encore trop peu compris ce qu’est vivre.

Nous nous cognons donc tout seul contre les murs de la vie, jusqu’à ce que nous apprenions et fassions les bons choix. Pas ceux de notre égo, pas ceux du capitalisme, non, ceux qui vont dans le sens de la vie.

Viktor Frankl mentionne justement deux autres voies alternatives à la souffrance pour trouver du sens. La première est l’expérience de l’amour, la beauté et la vérité. Une expérience de la réalité profondément poétique et riche de la nature. La seconde est l’accomplissement d’une oeuvre ou d’une bonne action.

Nous avons donc le choix. Que nous continuions ou pas de nous fourvoyer sur la réalité de notre monde et notre nature humaine, la vie est avec nous. Elle sera au pire le mur qui fait mal, mais grâce auquel nous allons pouvoir nous appuyer pour progresser.

Au mieux, il est possible que chacun choisisse enfin de comprendre son rôle, accomplir une oeuvre, inspirer l’amour, la vérité et la beauté. La vie, au lieu d’être un mur, se transformera alors énergie de courage, de lumière, d’idées et de confiance.

Et vous ? Comment aviez-vous vécu l’annonce de Nicolas Hulot ?

Pour faire ensemble cette transition vers une société et un monde du travail plus riche de sens, rendez-vous tous les mardis sur LinkedInVous pouvez aussi vous abonner pour recevoir mes posts directement dans votre mailbox.